Justice ou Mirage ?

La justice. On prononce ce mot comme une promesse. Comme une évidence. Comme un pilier de civilisation. Mais parfois, ce mot se fissure. Parfois, il se dérobe. Parfois, il devient un mirage, un décor peint pour rassurer les foules, pendant que l'ombre, elle, continue de prospérer.

Aujourd'hui, je parle pour celle qui n'a plus la force. Pour celle qui a été brisée à huit ans. Pour celle qui a dû survivre à l'indicible, puis à l'injustice, puis à l'incompréhensible. Pour celle qui a dû affronter un chemin de croix interminable, ponctué de plaintes, d'interrogatoires, de procédures, de promesses politiques envolées, de lenteurs administratives, de verdicts qui n'en sont pas. Je passe sous silence les malveillances, les violences et les ragots.

Je parle pour elle. Et pour toutes les autres victimes.

Parce que ce qui s'est passé hier, le 7 septembre 2026, n'est pas seulement un verdict. C'est une gifle. Une déflagration. Un séisme moral. Un torrent de boue qui a enseveli l'espoir d'une libération.

L'appel était recevable, évidemment, puisque c'est le ministère public qui l'avait initié. La procureure a plaidé avec une rigueur exemplaire. L'avocate de la victime a livré un travail admirable, acharné, digne.

Et pourtant…

La victime est déboutée. Encore. Toujours. Comme si la douleur d'une enfant n'avait pas de poids. Comme si la parole d'une survivante n'avait pas de valeur. Comme si les promesses faites après Lyhanna et les milliers d'autres victimes n'avaient été, une fois de plus que des paroles éphémères, prononcées pour calmer les esprits. On est passé à d'autres choses, on n'en parle plus, c'est plié, emballez, c'est pesé !

Et pendant que la justice trébuche, le monstre, lui, prospère. Toujours en pleine forme. Toujours protégé par un entourage bien dressé, bien huilé, bien entraîné à menacer, à manipuler, à attendrir, à payer, à tirer les bonnes ficelles dans l'ombre. Un théâtre sordide où chacun joue son rôle : les silencieux, les complices, les tremblants, les calculateurs, les hypocrites qui prient en public et se repaissent en privé.

Je suis à ça, vraiment qu'à ça, de jeter l'anathème sur ce monstre et sa cour. À ça de suivre le geste du célèbre templier face à son roi traître, celui qui, avant de brûler, lança sa malédiction en pleine lumière. À ça de maudire cette lignée de malfaisants qui se croient intouchables.

Mais je retiens ma main. Je ne suis pas là pour maudire. Je suis là pour dire. Pour dénoncer. Pour refuser l'oubli.

Parce que la jeune victime, hier, s'est effondrée. Parce que son cœur a failli lâcher. Parce qu'il a fallu l'hôpital pour la stabiliser. Parce qu'elle a vécu un deuxième choc, un deuxième viol symbolique, un deuxième abandon institutionnel.

Mais nous serons là. Toutes et tous à ses côtés. Nous tiendrons la barre. Nous serons son rempart. Nous serons son souffle quand le sien vacille. Le Phénix fera son œuvre, elle renaîtra, même si le monde a tenté de l'éteindre.

Quant aux monstres, appelons‑les les prédateurs, les serpents, les ombres rampantes, nous ne les craignons pas. Nous ne nous laisserons pas intimider par leurs menaces, leurs violences, leurs manipulations. Ils ne gagneront pas.

Et pour celles et ceux qui doutent, qui insinuent, qui murmurent, qui relativisent, qui se cachent derrière la peur ou l'intérêt : On les conchie. On les laisse dans les rebuts où ils se complaisent. Je ne leur souhaite pas le même calvaire, ce serait condamner d'autres innocents. Mais qu'ils sachent ceci : Le doute, quand il protège l'horreur, est une complicité.

Et pour le monstre, pour sa cour, pour ceux qui ont commis des exactions sur cette terre : Le karma n'oublie jamais. Il est patient. Il observe. Il attend. Et il frappe. Je ne donne pas trois ans au porc pour y faire face… Le nirvana ne s'ouvre pas aux malfaisants, quels que soient leurs prières hypocrites, leurs dons ostentatoires, leurs simagrées religieuses. Je suis agnostique, je respecte toutes les religions, mais je sais reconnaître la fausseté quand elle se pavane.

Justice ou Mirage ? Aujourd'hui, c'est un mirage. Mais demain, ce sera peut-être justice pour celles et ceux qui devront y faire appel. C'est peut-être un vœu pieux, mais on s'accroche. On s'accroche parce qu'on croit encore en nos institutions. Peut-être que le fil est ténu, mais il est toujours là, malgré tout ça. Parce que nous ne lâcherons rien. Parce que la vérité finit toujours par remonter.

Parce que les monstres ne règnent jamais éternellement. La roue tourne.

Dont acte – PPB.

https://ppb-les-mots-pour-le-dire.webnode.fr/l/19-01-2022-le-porc-a-bien-dormi/

https://ppb-les-mots-pour-le-dire.webnode.fr/l/la-justice-est-aveugle-et-sourde/

https://ppb-les-mots-pour-le-dire.webnode.fr/l/rassurez-vous-le-porc-va-bien/

Justice déchue. Statue de femme en pierre fissurée tenant une épée et une balance, dans un décor en ruines en flammes.
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